
Longtemps, nous nous sommes contentés de les imaginer ces personnages louches, ces lourdes malles et ces jupes fendues qui peuplent le quai d'où s'évadent nos rêves. Mais il fallait bien partir pour un nom, pour l'idée que l'on s'en faisait. L'Eastern et Oriental Express décolle de la gare de Chiang Mai fermant les portes du triangle d'Or. Il fait route vers Bangkok en passant par le pont de la rivière Kwaï.
Cinquante-six passagers à bord, sept « sleeping cars » et huit voitures de service : deux restaurants, un bar principal, un salon avec boutique et salle de lecture, un autre bar avec compartiment panoramique ouvert sur l'extérieur en queue de train auquel il faut ajouter deux voitures pour le personnel et une pour l'air conditionné.
La lenteur céleste du mouvement se teinte d'une légère allégresse. Un arrêt presque brusque ponctue de temps à autres le trajet et lui donne une allure incertaine, mais sa moyenne est bien établie (85 km/h). Le réseau de chemin de fer utilise en effet des boucles pour permettre le croisement des convois, lorsqu'il n'est équipé que d'une seule voie.
Une voie royale pour ce train mitoyen du monde qui permet par sa grâce dodelinante de pénétrer l'arrière-cour de la vie du pays et de découvrir l'avant scène de ses paysages grandioses.
Cette constante incursion dans l'intimité de la Thaïlande du Nord, l'un des paysages les plus fascinants d'Asie, est sans doute le signe le plus tangible que nous sommes dans un univers bien à part.

Fiat luxe
Celui-ci a ses règles que les 8000 passagers annuels de l'Eastern et Oriental Express s'efforcent de respecter.
« Nous insistons auprès de notre clientèle sur le fait que le train procure une excellente occasion de célébrer une certaine idée du raffinement. Nous recommandons un chic sport et décontracté pour la journée, tandis que la soirée se prêtera plus volontiers au port de la veste et de la cravate » indique Ulf Buchert, directeur du train depuis 14 ans, alors que cet ancien des palaces de Saint-Moritz, de Beijing et de Bali n'était venu que pour une seule saison.
« Chaque voyage est différent et ma tâche s'est révélée extrêmement gratifiante. Elle se signale par un impératif : disposer d'une grande capacité d'anticipation ». Avec quelques 100 nationalités à bord chaque année, il est primordial de créer une atmosphère qui relate la formidable aventure de l'Eastern et Oriental Express.
La compagnie, créée par un américain fortuné et passionné de train, James Sherwood, a effectué son premier voyage de Singapour à Bangkok (1943 km) en septembre 1993. Un million de dollars a été investi pour la transformation de chacune des 22 voitures du train, récupérées en Nouvelle Zélande et fabriquées par Nippon Sharyo et Hitachi en 1971.
Le design et les matériaux (bois de rose, teck, orme) témoignent d'un réel souci d'excellence confié aux mains d'artisans hors pair, parfois français (lampe d'inspiration lalique). Il en est ainsi de l'exquise pièce de marqueterie en forme de diamant, directement inspirée par le mythique « Shangaï express », l'un des plus troublants classiques de Marlène Dietrich.

Petits secrets
Ulf Buchert, dont le visage se fend d'un large sourire, devance la seule et unique question que tous les gens qui ont rêvé de faire partie de ce train mythique se posent. « Oui, 99 % des passagers rencontrent et réalisent leur rêve. Et le souvenir d'avoir été à bord grandit et se magnifie à mesure qu'il s'éloigne. » Quelques plaintes à prendre en considération émanent de personnes au sommeil léger. « Je les mets en garde contre les quelques mouvements intempestifs qui peuvent engendrer des nuits courtes et les encourage à prendre leurs dispositions ».
Mais à quoi faut-il s'attendre ? Pas à une réminiscence d'un monde englouti. Le luxe radieux des croisières d'antan n'est plus. Parce que la clientèle a changé. « Aux premiers jours, nous sommes partis de l'idée que tout devait toujours être parfait en tout temps » explique Ulf. « Je dirai que la notion du luxe répond aujourd'hui à un autre principe : la bonne chose au bon moment.
Ce changement est venu avec une clientèle consciente du prix. Ainsi, nous avions commis l'erreur, pour prendre cet exemple, que nous devions présenter les meilleurs vins du monde à bord. Mais personne n'en commandait ! » . L'Eastern et Oriental propose aujourd'hui une carte de vins, principalement de 30 à 50 $. Ce qui n'enlève rien à la perfection du service.
Avec 70 % de taux de remplissage, le train fait un exercice « très honorable » lorsqu'il équilibre ses comptes. « Un tiers du prix du billet va directement alimenter les caisses des chemins de fer auxquelles nous versons une redevance en cash » dévoile Ulf Buchert. Quelques curiosités pour terminer : un service postal gratuit est mis à disposition des passagers.
Chaque « sleeping car » a son propre compartiment service qui fonctionne 24 heures sur 24. Seul le dollar a cours à bord. Le voyage prévoit de nombreuses animations et de belles excursions, fort bien organisées. Vous ne verrez jamais certains chiffres figurer sur les voitures, en application des croyances chinoises. Seules sont retenus les chiffre qui portent chance. Et si vous tentiez la vôtre ?
Pratique Eastern et Oriental propose un Bangkok Chiang Mai aux alentours de 1000 dollars par personne en compatiment Pullman (5,8 m2) avec salle de bain.
Le tourisme « Grand luxe » est en plein essor en Thaïlande, un pays marqué par des traditions très anciennes, une légendaire hospitalité et une ouverture frénétique à la modernité.
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