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France

Petite histoire édifiante

Ajouté le 29/07/2007
Les édiles ne forment pas toujours une élite à suivre: l'un de nos fidèles lecteurs nous fait suivre une aventure de voyage qui aurait pu se finir de façon tragique. Elle est parue dans la presse réunionaise.


Petite histoire édifiante
A lire en page société de clicanoo, journal de l'ïle de la Réunion. Nous reproduisons l'article intégralement.

Députés au comportement indigne

Les 14 passagers, dont les deux députés de droite René-Paul Victoria et Didier Robert, voyageant en Espace Affaires sur le vol d'Air France entre la Réunion et Paris dans la nuit du 19 au 20 juin derniers ont sans doute du mal depuis à se regarder dans la glace. Tous ont refusé de céder leur siège à un vieil homme de 80 ans, qui venait de faire à bord un double malaise cardiaque, et à son épouse déclassés au départ pour laisser la place aux deux élus. Le comportement indigne de nos deux représentants donne une bien piètre image de notre île.

On peut être élus de la République et manquer totalement d'humanité. René-Paul Victoria, député-maire de la première circonscription, et Didier Robert le “tombeur de Paul Vergès” dans la troisième circonscription aux dernières législatives en ont fait l'éclatante démonstration sur le vol Air France du 19 juin dernier au départ de la Réunion. L'histoire mériterait d'illustrer une leçon d'instruction civique. On se souvient de Jean-Louis Debré, président de l'Assemblée nationale refusant de céder son siège à Simone Veil coincé sur un fauteuil cassé à bord d'un vol d'Air France à destination de la Réunion. Décidément nos représentants se disputent la palme de la goujaterie et de l'inhumanité. Ce couple de personnes âgées - l'épouse a 75 ans, le mari 80 - casse sa tirelire pour venir voir leur fils installé dans notre île. Ils veulent voyager confortablement et s'offrent le nec plus ultra d'Air France sur la ligne de la Réunion : l'Espace Affaires. À l'aller, aucun problème. Le couple débarque enchanté à Gillot. Le 19 juin, il se présente à l'enregistrement au comptoir Air France de l'aéroport Réunion - Roland-Garros.

L'hôtesse d'accueil leur annonce une désagréable nouvelle. Ils ne voyageront pas en Espace Affaires, mais en Alizé. Pourquoi ? Fraîchement réélu pour l'un, fraîchement élu pour l'autre le dimanche précédent, les deux députés UMP René-Paul Victoria et Didier Robert sont invités à Paris par le chef de l'État Nicolas Sarkozy. Ils doivent le rencontrer le lendemain. Une entrevue dont nous nous sommes fait l'écho dans notre édition du 21 juin. “Comme dans chacune des escales d'Air France, explique Jean-Guy Lengliné, directeur régional de la compagnie, nous avons une liste de personnes prioritaires. À la Réunion elle compte une vingtaine de noms. Ces clients sont certains d'obtenir une place même lorsque l'avion est complet”. Tous les parlementaires locaux, entre autres, figurent sur cette liste. René-Paul Victoria et Didier Robert n'ont donc aucun mal à obtenir deux sièges en Espace Affaires. Mais la cabine ne comporte que 14 fauteuils. Deux passagers doivent donc être déclassés. “Dans ce cas de figure, poursuit Jean-Guy Lengliné, nous appliquons une procédure codifiée qui nous permet de désigner “deux volontaires”.

vautrés à boire du champagne

Ce soir-là c'est notre couple âgé qui fait les frais de la sélection. En apprenant la chose, le vieux monsieur et son épouse sont très contrariés. En raison de son âge et de son état de santé, l'octogénaire doit impérativement voyager dans les meilleures conditions. Et puis après tout ils ont l'un et l'autre payé cher et même très cher le privilège de s'installer à l'avant. Pendant que nos deux députés sablent le champagne, vautrés dans leur siège lit, le vieux couple se case comme il peut en Alizé. La contrariété du départ ne tarde pas à avoir des conséquences.

L'avion d'Air France a décollé depuis à peine une heure trente lorsque l'octogénaire fait un premier malaise. “Mon père a perdu connaissance, raconte son fils. Ma mère a aussitôt appelé une hôtesse”. Heureusement, comme cela arrive souvent sur un vol long-courrier, un médecin se trouve à bord. Il prend en charge aussitôt le malade. L'octogénaire est allongé sur le sol de la cabine. Les soins efficaces dispensés par le praticien du CHD de Bellepierre le raniment. Mais il doit rester couché pendant près d'une heure trente avant de retrouver ses esprits. Affolée, désespérée, craignant de voir son mari passer de vie à trépas en plein vol, l'épouse cherche à faire en sorte qu'il bénéficie de meilleures conditions de voyage. Le vol doit durer encore plus de neuf heures.

Elle se précipite à l'avant de l'appareil et identifie sans peine les deux sièges que son mari et elle auraient dû occuper. La vieille dame y découvre nos deux députés savourant le confort de l'Espace Affaires. Certains témoins affirment qu'ils sont euphoriques sans doute la conséquence de la victoire vieille de seulement quelques jours. Toute à sa tragédie, la septuagénaire essaie de les convaincre de quitter leurs sièges. Elle plaide la cause de son mari, parle les larmes dans les yeux de son grand âge, du malaise qu'il vient de faire. Rien n'y fait. Didier Robert et René-Paul Victoria semblent collés sur leurs fauteuils. De guerre lasse, l'épouse retourne auprès de son mari. Il a retrouvé des couleurs, mais cela ne va pas durer.

Un second malaise terrasse l'octogénaire. Une nouvelle fois le médecin intervient et le ranime à même le sol. L'équipage commercial d'Air France prend les choses en main. Les deux députés refusant toujours obstinément de bouger, une annonce est faite par le chef de cabine demandant si en Espace Affaires deux personnes veulent bien se dévouer pour céder leurs sièges. Personne ne bronche. Depuis cette fameuse nuit, certains doivent avoir du mal à se raser ou à se maquiller le matin devant une glace. Un tel manque d'humanité, notamment de la part de deux députés censés représenter la République laisse sans voix. En dépit de ces comportements inacceptables, révoltants notre vieux couple arrive sain et sauf à Paris. Ils ont depuis reçu les excuses de Pierre Descazeaux, directeur pour les Caraïbes et l'océan Indien d'Air France qui leur a offert à chacun un aller-retour Paris - Réunion en Espace Affaires. Espérons pour eux que leur route ne croisera pas une seconde fois celle des députés René-Paul Victoria et Didier Robert. L'un comme l'autre ont donné cette nuit-là une bien piètre image de la représentation nationale.

Alain Dupuis



Pour en savoir plus....www.vacancespratiques.com

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